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Mes deux compagnons

Mes deux compagnons - Fernande Cody

J’avais travaillé autrefois, dans un magasin de vente de vêtements qui avait fermé au moment où j’y étais. En partant, je recevais l’autorisation du patron de pouvoir garder deux des mannequins qui se trouvaient dans la vitrine. Ils avaient une particularité, ils étaient chauves, et n’avaient qu’un nez proéminent pour faire comprendre qu’il s’agissait d’un visage humain. Je les trimballais avec moi de déménagement en déménagement. Ils faisaient partie intégralement de ma vie. Je les habillais de mes vêtements que je venais tout juste de repasser, et ils me paraissaient très beaux. Alors que je finissais par trouver un nouvel appartement, et que c’était à mon tour de choisir les autres colocataires, la première personne fut une jeune femme qui travaillait dans un centre d’esthétique à Montréal. Tout se passait très bien pendant les deux premières semaines, si ce n’est que, je ne comprenais jamais pourquoi, les mannequins changeaient sans cesse de places. Je ne disais rien, car je ne comprenais pas vraiment, au début, le pourquoi réel de ses déplacements. J’avais tout de même entraperçu quelques fines traces de crayon mine sur le visage, et il me tardait de tirer ça au clair.

Alors que je rentrais calmement un jour, je bondissais de stupeur lorsque je m’apercevais que les deux mannequins avaient perdu leur tête. Je me dirigeais directement vers la chambre de la jeune fille, pour demander quelques explications. Je trouvais la tête de mes deux mannequins sur sa table, avec, comme des points d’acupuncture, sur leur visage. Elle révisait pour l’examen final d’un cours où il allait lui falloir assister un chirurgien esthétique qui devait faire des injections de juvéderm sur le visage de patients. Elle essayait de s’imaginer quelques années plus tard, en tant que chirurgienne esthétique, en train de faire quelques injections sur le visage de différentes personnes. Même si je savais que mes mannequins n’étaient que des grosses poupées, il n’en était pas moins qu’ils m’appartenaient, et que j’ai toujours pensé que tout ce qui m’appartenait portait une part de mon âme. Je voulais crier à l’outrage, mais je savais que c’était moi qui aurais payé le prix fort si je l’avais fait. Je lui demandais, en levant le menton très haut, de remettre les têtes en place, et de ne plus jamais y toucher. Cet événement avait tellement refroidi l’atmosphère, qu’elle partait d’elle-même, quelques jours plus tard. Non mais vraiment, quand il n’y a pas de gêne !

À propos de l’auteur :

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Ne vous fiez pas à mon nom : je suis jeune, branchée et j’ai beaucoup à vous raconter. Jeune professionnelle mais aussi maman, je partage ma vie avec un homme extraordinaire qui travaille dans le domaine du Web : c’est d’ailleurs lui qui a créé ce fabuleux blogue avec lequel j’ai tant de bonheur à écrire. Et vous vous demandez je parle de quoi ? Eh bien, c’est vraiment varié car la vie l’est tout autant. En fait, je vous partage mon univers, mes questionnements et mes passions. Moi c’est Fernande...enchantée !